Motion présentée au CA de l’établissement par les enseignants d’éducation physique et sportive


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Pour la première fois depuis que l’école de la République existe, l’Education physique n’est plus jugée « indispensable » à l’éducation de nos élèves.

C’est ce qui ressort des propositions faites par F. Fillon, Ministre de l’éducation nationale dans le cadre de la préparation de la loi d’orientation sur l’Ecole :
- Le ministre définit, pour la scolarité obligatoire « minimum », « un ensemble de connaissances et compétences indispensables » et donc des matières d’enseignement où n’apparaissent ni l’EPS, ni une quelconque référence aux questions du corps. Il exclut ainsi de la formation scolaire promise à tous les jeunes, celle bien particulière et pourtant bien de notre temps, que constitue la pratique des activités physiques et sportives.
- Jusqu’alors discipline obligatoire dotée d’un coefficient 1 au brevet des collèges comme la plupart des disciplines, l’EPS y devient optionnelle.

Ces choix, s’ils étaient confirmés, induiraient une nouvelle hiérarchie des disciplines. Cela signifierait que la pratique des activités physiques, corporelles et sportives à l’Ecole, ses objectifs éducatifs, ne relèveraient plus de l’essentiel. Or ces activités occupent désormais une place déterminante dans la société, comme dans la vie de beaucoup d’entre nous. Elles sont au cœur du développement personnel et de la vie des jeunes, elles constituent des leviers considérables d’éducation, elles sont créatrices de lien entre tous, et constitutives de l’EPS contemporaine et du sport scolaire.
L’Ecole ne peut sous estimer cela.

En effet, l’enseignement de l’EPS constitue pour les élèves un extraordinaire moyen d’apprentissage du goût de l’effort, d’engagement, de dépassement de soi, de partage de buts communs, de conquête et parfois de reconquête de l’estime de soi.

La pratique des activités physiques, corporelles, sportives enrichit le temps scolaire et la qualité de la vie dans les écoles, les collèges et les lycées. Elle apporte le mouvement dans un milieu d’abord caractérisé par l’immobilité.

L’éducation physique et le sport scolaire contribuent à une approche positive des questions de santé chez les jeunes ; ils ont un intérêt indéniable face aux multiples problèmes de santé publique qui n’épargnent pas la jeunesse.
Proposées à tous les élèves, les activités permettent aussi une entrée dans le monde de la pratique et de la technique. Plus largement, elles préparent à entrer dans le monde du sport de façon lucide et critique, comme pratiquant, responsable et spectateur. L’EPS et le sport scolaire ont un rôle à jouer face aux dérives qui touchent le sport médiatique et professionnel. Leur ancrage dans l’Ecole en fait des vecteurs importants du respect d’autrui, de l’acceptation des différences et plus largement d’une certaine conception de la citoyenneté

L’Ecole ne peut ignorer cela.

Et pourtant, il semblerait que le verdict ait été énoncé : cela ne serait plus indispensable à l’éducation de tous les jeunes à l’Ecole.
Ce serait alors l’aboutissement incompréhensible du débat sur l’Ecole qui s’est donné par ailleurs comme objectif juste, la réussite de tous et le refus d’abandonner un certain nombre d’élèves sur le bord du chemin.
Ce serait un comble alors que l’année 2004 a été déclarée « année européenne de l’éducation par le sport », et que 2005 est annoncée, par l’assemblée générale de l’ONU, « année internationale du sport et de l’éducation physique ».
Ce serait enfin un énorme paradoxe au moment où notre pays, officiellement, se mobilise et soutient la candidature de Paris pour les J.O. de 2012, sans oublier que la future délégation française à ces Jeux Olympiques est aujourd’hui sur les bancs de l’Ecole.

Enseignants d’EPS, nous sommes profondément attachés à la réussite de tous les élèves. Nous avons la conviction que la diversité, la complémentarité et l’interaction des disciplines scolaires sont une nécessité pour y parvenir. C’est en ce sens que nous demandons par ailleurs que les programmes soient transformés et disent de façon explicite ce qui doit être appris et su par tous à chaque niveau d’enseignement.

L’EPS est une voie originale de développement et de réussite pour tous les élèves. Elle doit être un élément constitutif à part entière de la culture scolaire obligatoire. Elle a toute sa place dans un service public d’éducation gratuit et laïque.